samedi 28 décembre 2013

I have a dream

Ça fait un peu prétentieux, ce titre d'article. Mais tant pis. J'ai un rêve, à présent. Un rêve précis. Et devinez quoi ? Concret. C'est pas une utopie. Non.

Voici la présentation succincte d'un monde où tout le monde vit de son art. Où toute activité de l'homme lui permettant de subsister - j'entends par là, tout travail - est une fin en soi. Par "une fin en soi", j'entends que l'activité n'est pas faite dans le but de survivre. Non. Elle est faite par plaisir, par accomplissement de l'être humain, par nécessité parfois (mais alors, c'est une nécessité d'expression, et non de survie).

Et on peut toujours cultiver, chasser, pêcher (Même si, en tant que partisan (pour l'instant théorique, je le confesse, mais déterminé) du végéta(r/l)isme, je tends à ne pas être super d'accord, disons que ce serait régulé, raisonnable. Enfin, ça le serait dans mon rêve), cuisiner, etc. Parce que tout ça, c'est de l'art.


Vincent Van Gogh  
(Enfin réunis : l'art de l'agriculture et l'art graphique)


Pourquoi, me dira-t-on, vouloir avoir des activités qui sont une fin en soi ? Je vous renvoie à ce texte d'Hannah Arendt :
"C'est l'avènement de l'automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l'humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l'asservissement à la nécessité. Là, encore, c'est un aspect fondamental de la condition humaine qui est en jeu, mais la révolte, le désir d'être délivré des peines du labeur, ne sont pas modernes, ils sont aussi vieux que l'histoire. Le fait même d'être affranchi du travail n'est pas nouveau non plus ; il comptait jadis parmi les privilèges les plus solidement établis de la minorité [...]. L'époque moderne s'accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. [...] C'est une société de travailleurs que l'on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans cette société qui est égalitaire, car c'est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d'aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l'homme. Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels, il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu'ils font comme des œuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire."

En fait, s'affranchir du travail, c'est s'affranchir de ce que même Sartre posait comme limite d'un être humain au potentiel infini (et non pas omnipotent, bien entendu). Pour se convaincre de la nécessité de se libérer du travail pour accéder au bonheur, on peut tout simplement revenir à l'étymologie du mot travail, à savoir trepalium, un instrument de torture à trois pieux. Dans l'esprit collectif, on a donc travail = souffrance. Or la souffrance et le bonheur semblent incompatibles.

C'est pourquoi, loin de proposer une automatisation du monde entier, je propose simplement que chacun vive de son art, parce que l'art, c'est de la pensée, et que l'être humain vit constamment avec de la pensée. Qu'il en est composé, et qu'il a besoin de l'exprimer. C'est donc répondre à un besoin que d'autoriser à tous de faire de l'art, et le bonheur étant la satisfaction des besoins (et des désirs, selon les définitions respectives de bonheur, besoin et désir), l'art permet donc le bonheur ; l'art généralisé, l'accès général au bonheur.

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